J’avais été séduit par le discours plutôt sage de Pierre Rabhi et la démarche des Colibris. J’ai adhéré à une époque, à ce courant de pensée où chacun est invité à prendre sa part pour préserver la planète jusqu’au jour où j’ai pris conscience que, cette manière de penser le monde, se révèle néfaste par ce qu’elle sous tend. Elle exclut la dimension collective de transformations sociales et écologiques de la société sans laquelle la terre, habitée par près de 7 milliards d’individus, ne préservera pas la vie humaine et la biodiversité dans le futur.
 
En se changeant soi, on change le monde. Oui, surtout dans sa tête ! La somme de nos actes individuels suffiraient à préserver l’environnement et résoudre bien des questions sociétales. Cela rejoint un courant de pensée individualiste et conservateur de l’ordre établi. Il est restrictif en laissant croire, que la lutte contre les ravages subies par la planète, relève seulement de notre responsabilité individuelle.
 
Beaucoup d’écologistes de droite mais aussi de gauche, la fondation Hulot, me semble-t-il, les colibris sont porteurs ou induisent ce raisonnement.Il rejoint alors de concert, cette petite musique que l’on voit fleurir chez tous les réactionnaires. On culpabilise le chômeur, responsable du fait qu’il ne trouve pas de travail mais pas l’état et les banques qui n’investissent pas dans l’activité écologiquement responsable et génératrice d’emplois. On montre du doigt le citoyen, responsable des déchets plastiques que l’on retrouve dans la mer, mais pas les industriels qui les fabriquent. Quand aux émissions de CO2, c’est bien sûr, notre empreinte carbone qui pose problème mais pas les modes de production qui sont en cause.
 

Au premier abord, très séduisante intellectuellement, cette pensée de la sobriété heureuse s’avère, un alibi conscient ou inconscient qui permet d’éviter la confrontation au manque de responsabilité collective et politique qui sont les nôtres. Pourquoi ? Parce que cela amènerait à remettre en cause le libéralisme et obligerait à sortir d’un certain confort, des couches de la population plutôt préservées des luttes sociales et de la conflictualité.

 
Faire sa part pour éteindre l’incendie, comme un colibri, est un leurre. Se laisser prendre à ce genre de considération, sans s’attaquer aux causes économiques et financières qui forgent le désastre, est vain. En fin de compte, c’est se diriger vers un effondrement, comme le colibri qui meurt épuisé à la fin de l’histoire et ne pas regarder avec acuité la terre qui s’épuise elle-même. Supposer que, par une démarche spirituelle personnelle, nous sortirions d’un système où la cupidité est érigée en valeur de réussite individuelle, c’est masquer notre résignation et nier la question sociale.
 

N’est-ce pas se réfugier dans une considération de classe où seuls, celles et ceux qui ont accès, à une alimentation saine, un petit potager, à une éducation critique, à un niveau de subsistance suffisant, etc., peuvent s’offrir une perspective de changement de comportement ? Quid des autres (c’est à dire la majeure partie des populations de ce monde) contraints de subir un système où ce qui prévaut est son niveau de consommation ? Peu de choix s’offrent à eux. S’émanciper de ces rapports de domination qui souillent la terre, pousse l’humanité au burn-out, et construire des rapports de force est pourtant la seule perspective.

 

Sans fuir sa responsabilité individuelle et la réflexion sur la décroissance, nous aurions plus de résultats à rechercher une réponse collective et rendre vertueuse la question politique.

L’interview sur le média de Jean Baptiste Mallet sur Pierre Rabhi.

https://www.youtube.com/watch?v=OPLt-yd0jQo&t=1287s