Nouveau système de retraite : plus simple, plus juste pour tous. Ou comment dévoyer les mots…
 
Stéphanie Kerbarh, députée LREM de la 9e circonscription, organisait le 2 décembre à la Mairie de Goderville, un débat citoyen sur la réforme du système de retraites.
 
Mais c’est le député Dominique Da Silva (qualifié du terme quelque peu suranné d’« ambassadeur » de la réforme) qui s’y colla. Très à l’aise dans le maniement des éléments de langage concoctés par un exécutif fébrile voire paniqué, il vanta donc « un système d’assurance vieillesse adapté au 21e siècle », « la solution pour mieux protéger nos aînés afin de leur permettre de vivre dignement », « un système plus simple, plus juste et commun à tous les Français ».
 
Universel, plus simple, plus juste, plus solidaire : la macronie a le don de dévoyer les mots. Sans trop développer, soulignons tout de même que le président des très riches a un problème avec la notion de justice.
Un euro cotisé donne les mêmes droits pour tous, sauf que cette réforme ne prend pas en compte les différences d’espérance de vie. On oublie comme par hasard, de prendre en compte dans le calcul des cotisations et des taux de remplacement, que les ouvriers vont vivre à la retraite 10 ans de moins que les cadres supérieurs. Le problème est que ce sont ceux qui ont moins qui vont cotiser pour ceux qui ont le plus.
 
Pour qu’un régime universel soit acceptable, il faut un régime qui soit favorable aux petits salaires, 1 à 3 fois le SMIC et qui par solidarité fasse d’avantage porter l’effort sur les salaires de 6, 7 SMIC et au-delà. Or, le projet Delevoye fait exactement le contraire. Il invente même l’impôt régressif ! D’une cotisation de 28 % sur tous les salaires jusqu’à 10 000 € par mois (120 000 € par an, soit environ 7 SMIC), on passe à une contribution de 2,8 % au-delà de 120 000 €. Le gouvernement justifie cette réduction par le plafonnement des retraites à 120 000 €. Sauf que ceux qui ont des retraites de ce niveau ont une espérance de vie beaucoup plus importante que ceux qui sont au SMIC et vont donc bénéficier plus longtemps de leur retraite. Il faut mettre à contribution les hauts salaires autant que les bas salaires. Le gouvernement n’a visiblement pas compris la demande de justice sociale exprimée par les Gilets Jaunes.
 
Bien évidemment, l’épouvantail de la dette a été agité. A la demande du gouvernement, le COR (Conseil d’orientation des retraites), après quelques réticences a évalué la situation permettant au gouvernement et à la presse de mettre l’accent sur un pseudo déficit prévu pour 2025 de 17 Mds € soit 0,7 % du PIB. La quasi-totalité du déficit provenant de l’austérité salariale et de la réduction du nombre de fonctionnaires. C’est la double peine : les salaires stagnent, les effectifs publics décroissent et ça devient un argument pour baisser le niveau des pensions.
 
Après un très long exercice de langue de bois, la parole est donnée au public, fort peu nombreux. Une trentaine de participants y compris les militants LREM locaux. Si la durée de la question est limitée à une minute, l’« ambassadeur » abuse du temps de réponse, faussant ainsi les échanges.
 
Le premier à prendre la parole pour attaquer vivement « les régimes spéciaux qui sont déficitaires » (la technique de la division est un élément clé pour défendre la réforme), n’est autre qu’un ex référent LREM fécampois exclu du mouvement et qui vient de s’encarter au PS. La porosité entre les deux partis n’est plus à démontrer… Nous ne doutons pas que ce brasseur d’air soufflera efficacement sur les braises de la section fécampoise du PS.
 
Un pompier dans la salle, justifie l’existence des régimes spéciaux par la spécificité de certains métiers. La réforme allongera sa durée d’activité et il ne se voit pas encore monter sur la grande échelle à 62 ans. L’ambassadeur de la réforme lui demande s’il sera obligé d’y monter et lui suggère vivement d’envisager de faire une autre activité voire de se reconvertir. Suggestion qu’il fait d’ailleurs à tous ceux qui exercent des métiers pénibles tels que les maçons, plombiers, couvreurs, etc.
 
Visiblement nous avons là un député hors sol, bien ignorant de ce que vivent ses concitoyens.
 
Un agriculteur, un responsable syndical hospitalier, une assistante maternelle prennent la parole sans obtenir une réponse convaincante.