Le 23 novembre 2021, Jean-Luc Mélenchon intervenait à l’Assemblée nationale sur le blocage des prix des produits de première nécessité.
 
Retrouvez le discours ci-dessous :
 
« Président, ministres, collègues,
 
Le texte que nous avons à examiner contient une série de dispositions et je m’en tiendrai à deux d’entre elles pour vous expliquer les raisons pour lesquelles nous rejetterons ce texte. Ma première observation portera sur l’indemnité qui est prévue pour les agriculteurs en raison du gel qui a dévasté les productions nationales il y a de cela quelques mois. Ce n’est pas tant que je veuille protester contre cette indemnité mais plutôt souligner la situation singulière de l’agriculture dans ce moment. Il se trouve que justement, là nous sommes en train de parler et vient d’avoir lieu un vote au Parlement européen sur la nouvelle PAC qui a été adoptée par 452 voix, dont pas une des nôtres et 178 contre, toutes les nôtres. Cette nouvelle PAC européenne renonce à être une politique agricole commune, elle renationalise les politiques agricoles.
 
Alors je n’engage pas le débat de savoir si c’est une bonne ou une mauvaise chose. Sous cet aspect j’en déduis ce qu’il doit être déduit de ce type de choix : c’est que l’Europe n’a pas d’ambition agricole. L’Europe a une ambition productiviste, elle aide des entreprises dites “agricoles” à produire tout, n’importe quoi, n’importe comment, du moment que ça se vend sur le marché mondial. Et la France restera dans la situation singulière qui est la sienne, qui est que compte tenu de ce modèle agricole, et bien elle n’a pas de souveraineté alimentaire : 50% de ce qu’elle consomme est importé tandis qu’elle exporte une quantité considérable de maïs pour des poulets chinois et autres produits pour des cochons de l’Inde et des animaux de tous les pays du monde sauf ceux qui nous intéressent ici. Ce ne serait rien si nous n’étions pas dans un contexte où vient d’avoir lieu une action qui a été signalé contre le suicide des agricultures. Il s’en suicide 1 par jour et ça fait des mois et des mois que ça dure.
 
Cela suffirait n’importe où ailleurs pour déclencher une situation d’alarme générale. Non, il ne se passe rien. Il se suicide 30% de gens de plus que c’est le cas dans les autres professions. 1 agriculteur sur 5 vit en dessous du seuil de pauvreté. Personne n’arrive à croire une chose pareille dans un pays dont la terre est si riche que l’est la terre de France et la possibilité pour elle de produire ce dont elle a besoin. Par conséquent, cette introduction me servira à être un signal d’alerte pour qu’enfin, on change de modèle agricole, qu’on se donne pour objectif la souveraineté alimentaire et qu’on réquisitionne toute l’agriculture pour qu’elle produise ce dont ont besoin les Français, c’est-à-dire d’agricultures vivrières capables d’alimenter en produit bio la totalité de ses cantines et la nourriture de ses enfants.
 
Le second point sur lequel je vais intervenir maintenant c’est celui des différentes indemnités que vous avez prévu pour faire face à l’augmentation, que dis-je, à l’explosion des prix de l’énergie. Naturellement ce n’est qu’un début. Nous allons voir dans toutes sortes de domaines, dorénavant, l’inflation est là. Alors il y a maintenant une génération entière, 25 ans, que personne n’était habitué à traiter du problème de l’inflation, c’est-à-dire de l’augmentation continue des prix. L’inflation a aussi des fois des vertus, mais elle n’en a que quand on la contrôle.
 
Quand on ne la contrôle plus, elle n’en a aucune. L’expérience des années 60 montre que cela peut ne pas être désastreux. L’expérience des années 70 montre que cela peut être handicapant et la lutte implacable qui a été menée ensuite dans les années 80 montre que cela peut être asphyxiant.
 
En attendant, pour faire face à la question de l’énergie qui résulte à 100% d’une organisation désastreuse du marché de l’énergie en Europe qui est alignée sur le coût marginal le plus élevé, celui qui résulte des entreprises qui produisent à plus haut prix l’électricité à partir du gaz le plus cher, eh bien, nous avons une explosion des prix qui fait que 12 millions de Français préfèrent baisser le chauffage, être en dessous du niveau auquel ils n’ont plus froid plutôt que de devoir se vider les poches et que l’augmentation du prix de l’énergie a accéléré d’un seul coup les calculs impossibles que les ménages doivent faire pour savoir s’ils vont se chauffer plutôt que se nourrir, se nourrir plutôt que se transporter ou se loger. »
 
Retrouvez l’intégralité du discours sur : https://melenchon.fr/2021/11/23/energ…