Maxime Da Silva – 22 juin 2021

 

« Depuis maintenant 24h, le Parti Socialiste et le Parti Communiste Français s’écharpent sur les réseaux sociaux et médiatiquement, se rejetant mutuellement la faute de l’échec de la fusion des listes de Mélanie Boulanger (PS – 18,37% au 1er tour) et de Sébastien Jumel (PCF – 9,64% au 1er tour) en Normandie.

 

La France insoumise, présente aux côtés du PCF pendant la campagne, a assisté aux échanges et semblants de négociations débutées dans la nuit de dimanche à lundi. Soucieux de la transparence vis à vis des électeurs et des militants, je souhaite livrer le récit de l’échec de la fusion des gauches en Normandie. Je préviens, on est dans le pur des accords d’appareils, des luttes de places, des dérives des partis politiques traditionnels, mais c’est ainsi que le jeu démocratique de la Vème République est fait…

 

La liste de Sébastien Jumel a obtenu 9,64% des voix, ce qui à la proportionnelle intégrale lui permet d’obtenir 7 sièges. Nous avons également obtenu 34,4% des voix de gauche, ce qui là aussi correspond à 7 sièges en partant sur une base de 21 élus de second tour pour une liste fusionnée. Une fusion honnête et proportionnelle au poids de chacun devait donc s’établir à 7 élus pour la liste portée par Sébastien Jumel et 14 pour celle portée par Mélanie Boulanger.

 

La première proposition du Parti Socialiste, formulée lors d’une réunion au début de la nuit de dimanche à lundi, était bien de 7 sièges, mais malhonnête. Sur 7 sièges, 5 seulement étaient véritablement éligibles (4ème du Calvados, 3ème de la Manche, 2ème, 5ème et 9ème de Seine-Maritime), les 2 autres n’étaient pas forcément gagnables (10ème de Seine-Maritime compliquée, 4ème de l’Eure perdue d’avance). En formulant cette « proposition », ils précisent qu’à 11h, il faudra avoir trouvé un accord pour lancer l’impression des bulletins de second tour. Cette proposition n’était ni honnête, ni représentative du poids de notre liste, chacun et chacune étant fatigués, nous décidons de quitter la réunion et réclamons une contre-proposition (voire une véritable proposition) pour le lendemain matin.

 

Le lendemain, à 10h30, le secrétaire fédéral du PS, par téléphone, nous formule une 2ème proposition à 6 sièges éligibles. Il insiste sur le fait qu’il reste 30 minutes avant de pouvoir se mettre d’accord, sans proposer de réunion. Le PCF annonce qu’en dessous de 8 sièges éligibles, ils ne bougeront pas, quitte à ce que la fusion ne se fasse pas. Ainsi, nous avons un Parti Socialiste qui fait une proposition malhonnête à 30 minutes de l’heure butoir, sans aucune perspective d’amélioration et un Parti Communiste Français qui demande 2 sièges supplémentaires, ce qui peut s’entendre là encore en stratégie de négociation, bien que c’était un pari risqué.

 

En début d’après-midi, les instances nationales s’en mêlent pour dénouer la situation. Roussel (chef du PCF), Faure (chef du PS), Jumel et Boulanger (têtes de liste Normandie) tombent d’accord sur le chiffre de 7 sièges. Beaucoup de temps de perdu pour une donnée qui paraissait pourtant d’une remarquable évidence. La fusion allait enfin être possible en Normandie… jusqu’à ce qu’un nouveau couac intervienne. Madame Boulanger appelle le PCF pour formuler une proposition à 7 sièges sur 27 (et non pas 21, ce qui une nouvelle fois est très malhonnête). Elle assure que des discussions sont en cours entre le PS et le pôle écologiste pour parvenir à un accord global. Sauf que le téléphone n’a plus sonné et que le PS n’a rien proposé, pas de réunion, pas de répartition concrète.

 

Publiquement, la non-fusion a été actée par un communiqué de Mélanie Boulanger. Notre liste a réagi par un communiqué envisageant toujours la possibilité d’une fusion, même tardive. Sébastien Jumel a publié une vidéo ouvrant aussi cette possibilité. Mais le téléphone n’a pas sonné de l’après-midi, de la soirée, de la nuit de lundi à mardi. Le PS voulait-il vraiment de la fusion ? Aurions-nous dû accepter une fusion en deçà de ce que les voix des électeurs normands nous promettaient ? Comment croire qu’un délai d’impression soit responsable de cette mascarade ? Avec un dépôt des listes aujourd’hui à 18h, pourquoi ceux arrivés en tête ont-ils avorté leur espoirs de victoire et de rassemblement aussi rapidement ? Pourquoi avons-nous découvert le communiqué par la presse ? Si les socialistes voulaient de l’accord, n’auraient-ils pas envoyé le communiqué en menaçant de l’envoyer si la situation ne se réglait pas ? Chacun se fera son avis sur les réponses à ces questions.

 

La conclusion, c’est que pendant 7 ans, 1 électeur normand sur 10 ne sera représenté au Conseil Régional de Normandie par celles et ceux qu’il a soutenu dans les urnes (communistes, insoumis et radicaux). Les magouilles et les accord d’appareils dégoûtent les citoyens de la politique et même si je suis en situation de responsable politique de la France insoumise pour cette élection, je ne suis pas épargné par ce sentiment.

 

LFI a mené une belle campagne avec ses alliés, notre score commun est un bon score, le 2ème de la gauche radicale au plan national. La liste que j’ai mené en Seine-Maritime a obtenu 16% des voix, un score qui ne mérite pas notre éviction de l’hémicycle du Conseil Régional. Le temps est désormais au repos, à la prise de recul et au bilan. Dans quelques heures, l’équipe régionale de LFI communiquera officiellement sur ce fiasco politique qu’ont été les discussions de second tour en Normandie.

 

Je veux dire un grand merci aux électeurs pour leur confiance, aux militants pour leur dévouement, aux chefs de file départementaux de la France insoumise pour leur mobilisation, à Alexis Vernier et Basile Groeber pour l’aide précieuse qu’ils m’ont apporté pendant 6 longs mois de campagne, à Michel Larive qui m’a permis d’organiser mon emploi du temps professionnel pour mener la bataille, et surtout à ma famille qui a encore subi mes absences répétées tout en m’encourageant.
 
Merci à tous et à très vite ! »

 
Source : page FB Maxime Da Silva