Grève des médecins.

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« Le gouvernement n’ayant malheureusement pas daigné nous accorder de l’attention*, la grève des médecins libéraux sera reconduite pour une deuxième semaine, jusqu’au lundi 9 janvier 2023, avec une journée de mobilisation nationale le 5 janvier à Paris”

Près d’un médecin sur deux a suspendu son activité au niveau national.

Le jeune collectif « Médecins pour demain », créé à la fin de l’été 2022, à l’initiative de la grève, appelle à la mobilisation pour éviter la déliquescence du système de santé français.

« Il faut empêcher que ça se détruise totalement », prévient ainsi Jean-Louis Teboul, chef de service médecine intensive et réanimation à l’hôpital Bicêtre (AP-HP).

Un mouvement sur fond d’épuisement et de revendications financières.

Le nombre de médecins généralistes exerçant exclusivement en cabinet a chuté de 11% passant de 62142 en 2012 à 57033 au 1er janvier 2022. Les départs en retraite ne sont pas compensés et la levée du numerus clausus n’aura d’effet visible qu’à partir de 2027.

Au cœur des revendications : la revalorisation des tarifs conventionnés des consultations de base des généralistes et de toutes les spécialités. Défendre le doublement du prix des consultations permettra de créer un choc d’attractivité pour la médecine de ville qui est sous tension, car certains médecins travaillent de 7h à 20h, ce qui n’est pas normal et d’autres, qui ne veulent plus de ces horaires, ne s’y retrouvent pas financièrement.

Aujourd’hui 40% des jeunes praticiens se tournent vers d’autres spécialités, en clinique, moins administratives et plus rémunératrices notamment avec des dépassements d’honoraires qui deviennent monnaies courantes, empêchant ainsi les plus précaires de se soigner.

20% du temps de travail est consacré à la gestion des tâches administratives. 

La médecine de ville, mieux organisée, récupèrerait les visites aux urgences hospitalières aujourd’hui complètement débordées. Le Ségur de la santé s’est attaché à revaloriser l’hôpital public sans rien changer à l’approche libérale de son organisation.

Par ailleurs, l’autre problème est la question des déserts médicaux, qui ne touche plus seulement les zones rurales mais aussi les quartiers dits populaires. 

Quelles solutions ?

Seule, la médecine libérale ne parviendra pas à résoudre ces problèmes.

Des centres de santé associés aux hôpitaux publics avec des médecins salariés par l’État permettront une mutualisation des moyens pour faire en sorte que les tâches administratives soient prises en compte grâce à des emplois administratifs, concentrant la durée du temps de travail des médecins sur leurs compétences.

Il y a, en ce moment, la réflexion et la proposition d’un groupe de travail transpartisan sur ce sujet à l’Assemblée nationale. Celui-ci regroupe des forces politiques variées, jusqu’aux députés de la majorité… qui n’est plus majoritaire. Une tribune, est parue à ce sujet, dans le JDD du 08 janvier 2023 et signée par 40 députés dont Alma Dufour, Gérard Leseul et Sébastien Jumel, députés de Seine-Maritime.

Ils font une proposition qui semble assez intéressante : 
Pour exercer, les médecins libéraux devront avoir une autorisation.
Dans les déserts médicaux cette autorisation serait délivrée sans problème. 
Dans les zones tendues, c’est-à-dire les zones où l’offre médicale est supérieure à la moyenne par habitant, ce serait l’autorité régionale de santé qui validerait ou non cette autorisation. Celle-ci serait donnée si le médecin remplace un spécialiste ou un généraliste de la même spécialité. 

Il y aurait donc un changement de philosophie : une liberté d’installation plus sélective dans les zones où le manque de praticiens est extrêmement tendu. 

Il faut prendre conscience qu’en réalité, c’est la sécurité sociale qui verse le salaire aux médecins.
Par cette nouvelle organisation nous rendrons collectif et solidaire le secteur de la santé. 

Autre point intéressant : La multiplicité des mutuelles est dommageable aux comptes de la sécu.

Intégrer l’ensemble des structures mutualistes, dans la sécurité sociale, coûterait moins cher en organisation, en publicité en marketing. Cet argent de nos cotisations de mutuelles, aujourd’hui dispersé par la concurrence, ne va pas à la sécurité sociale et donc à l’amélioration de la couverture de soins des Français.

En intégrant toutes les mutuelles dans la sécurité sociale, il n’y aurait plus de problème de déficit. Cette organisation, plus efficace, serait plus simple pour les gens car 100% des dépenses seraient remboursées par la SS et par nos cotisations.

Le « 100 % Sécu » est une mesure solidaire, efficace et simple à financer. Le passage au 100 % Sécu, c’est la garantie d’une prise en charge intégrale par l’Assurance maladie des dépenses de santé.

Cette mesure économique permettra d’économiser une grande partie des frais de gestion et dépenses marketing astronomiques des complémentaires, pour les diriger vers le remboursement des soins. C’est une mesure qui rapporte de l’argent à l’Assurance maladie.

Elle est simple à financer : la transformation des primes versées aux complémentaires en cotisations sociales, les économies réalisées sur les frais de gestion, la suppression des dépassements d’honoraires et la régulation de prix aujourd’hui excessifs, permettent de financer cette mesure.

A partir du moment où le revenu des médecins est dû à la dépense publique, par la sécurité sociale, il ne serait pas aberrant de pouvoir mettre un certain nombre de règles associées à cette médecine libérale.

Il faut aussi augmenter les moyens de l’université afin de faire en sorte que celles et ceux qui veulent devenir médecin puissent effectivement avoir des places dans ces universités. 

Si vous supprimez le numerus clausus sans augmenter le nombre de places à l’université, le problème ne sera pas réglé. Or, c’est la situation dans laquelle nous sommes, à l’heure actuelle, avec les décisions d’Emmanuel Macron sur l’enseignement supérieur.

Il faut dix ans pour former un médecin.

Sources : Emission avec Antoine Léaument sur LCI le 31 décembre 2022, de l’article paru dans le Paris Normandie du 3 janvier et d’informations sur internet.

*Grève « malvenue » ?
La semaine dernière, le ministre de la Santé François Braun avait attisé la colère en jugeant cette grève « malvenue en cette période d’extrême difficulté pour le système de santé.

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