Samedi 21 janvier : coucou nous revoilou

Bruno Carrez

Jean-Luc Mélenchon 19 janvier 2023

Il en est des manifestations comme des livres qu’on a déjà lus et qu’on ouvre et feuillette au hasard des pages. On connait l’histoire, mais on se réjouit d’y capter des focus. Pour moi, la manifestation marseillaise s’est passée comme une de ces lectures recommencées.

À ma huitième réforme des retraites, je n’ai aucun mal à connaitre l’argumentaire gouvernemental. En effet, c’est toujours le même depuis trente ans. Je connais le nôtre c’est à peu de chose près le même lui aussi. Sauf que nous sommes plus précis et plus savants sur le sujet à force d’y être confrontés. Mais cette fois-ci, ce qui est nouveau vient de l’attitude des gens. Nombre de personnes viennent dans la rue en manifestation pour la première fois de leur vie. C’est donc un moment crucial d’éducation populaire de masse. Le plus souvent, ce genre d’initiation n’est pas réversible. Ce qui est compris l’est pour toujours.

Nous entrons donc d’un bon pied dans la suite des évènements en France, dans cette lente maturation qui se fait depuis vingt ans. Celle qui a conduit aux grandes dates sociales et aux élections qui ont détruit l’ancien système politique que dominaient les partis de « l’alternance ». Le parti macroniste entré par effraction au pouvoir (selon les termes de Macron lui-même) touche les limites qu’il avait cru éviter après sa défaite devant nous au premier tour des dernières élections législatives et avec sa mitraillette à 49.3.

Je ne vais pas détailler tout cela à présent dans ces lignes qui doivent être courtes. Au soir de la plus grande mobilisation sociale depuis vingt ans, un fait frappant s’impose. Il concerne l’état de l’esprit public. Cette fois-ci, la masse innombrable ne croit pas aux raisons avancées par le gouvernement. Entre le spectacle des milliards accumulés par les uns et le démenti par les excédents actuels des régimes de retraite, à mesure des jours qui passent, l’adhésion à la lutte augmente. Les coups de grâce sur l’argumentaire gouvernemental se multiplient. Ainsi avec la circulation des chiffres donnés par Oxfam montrant qu’une taxe à 2% sur les gains des 42 premiers milliardaires du pays paierait les « déficits » supposés mais non prouvés et pourtant prévus pour dans dix ans. Ainsi des doutes du Conseil d’orientation des retraites. Et ainsi de suite.

Nos deux « éléments de langage » au démarrage de cette campagne disent ce que chacun ressent de cette réforme : « cruelle et inutile ». Le nerf sensible de notre peuple est touché. Désormais, Macron va se débattre mais il ne peut convaincre. Quoiqu’il fasse, le rejet qu’il inspire ne peut qu’augmenter. Une vague plus générale va recouper un rejet précis. C’est de ce bois dont on fait les grands évènements. L’unité syndicale a fait la démonstration de sa puissance mobilisatrice. Désormais, les épisodes vont s’enchainer d’une date à l’autre. Après le 19 vient le 21 ce samedi à Paris et peut-être ailleurs. Puis la date que les syndicats ont fixée pour le 31 janvier dans la semaine qui vient et pour lesquelles nous arc-bouterons nos forces.

Un signe pour moi des réconciliations qui s’opèrent en profondeur. Je pris soin à Marseille de ne pas en rester à saluer mes amis plus habituels. Je suis allé au-devant des manifestants de la CFDT, très nombreux. J’y fus reçu par acclamations. Je serrai des mains amicales. Tout le monde était heureux de se retrouver. Un signe majeur. Macron à Davos touche à sa limite intrinsèque. Il n’est que cela en France. L’homme des riches et des importants du monde. Et ça, ce n’est pas la France.

J’ai raté un grand nombre de cortèges parce que j’étais retenu par une conversation ou par l’exercice répétitif des selfies. Les gens étaient d’une bienveillance à mon égard qui m’a beaucoup ému et touché. J’ai rechargé les batteries après l’infinie tristesse dont vous connaissez les causes et la hargne. Sur le terrain marseillais, une seule voix hostile en deux heures et demie d’immersion dans et au bord du défilé. Et c’était pour des accusations complotistes et j’ai eu du mal à ne pas éclater de rire. Je n’étais pas le seul dans ce cas.

Samedi on joue « coucou nous revoilou » derrière les organisations de jeunesse. Rien ne dit mieux le mépris de tant de médias pour la jeunesse que leur acharnement à nier l’existence des organisations de jeunesse et leur appel. Ils veulent, pensant dissuader, en faire une « marche des partis politiques » et même comme d’habitude une « marche de Mélenchon ». On a déjà vu ce que ça donnait dans un passé récent : ça attire ! Ils recommenceront leurs refrains de toujours : « le mouvement s’essouffle ! », c’est un échec. Et ainsi s’augmente de tout côté le salubre dégoût qu’inspire leur grossier parti pris. Tout ce qui contribue à l’éducation populaire de masse est bon à prendre. En ce moment c’est grande école à ciel ouvert.

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